Culture et Urbanisme



CULTURE et URBANISME

Que viendrait faire l'urbanisme dans les questions de culture ? 
L'urbanisme est souvent associé à l'architecture et la géographie. Mais en tant que champ disciplinaire (ou scientifique), les théories de l'urbanisme sont en étroite filiation avec les sciences humaines (géographie, aménagement, économie, science juridique, écologie, anthropologie, science politique, sociologie, linguistique, sémiologie).
Pourquoi cette projection devrait rester la prérogative de certains élus aussi adroits techniciens et connaisseurs des dossiers fussent-t-ils ? L'urbanisme est un domaine qui touche directement à nos vies et qui met en perspective le territoire. Or cet aménagement est presque toujours confié hélas à des cartels très restreints sans consultations ou presque. Les conséquences peuvent en être désastreuses. Sommes-nous condamnés à regarder passer les trains ? Ou plutôt les voitures devenues les absolues projections de la liberté individuelle ?
La projection d'un plan d'urbanisme est le résultat d'une énergie, d'un sentiment et d'une mise en commun volontaire des intérêts des communes vers une vision communautaire choisie. Le citoyen est-il condamné à être spectateur ? Sommes-nous capables en même temps de créer des cohésions communales de proximité et un sentiment d'appartenance à un ensemble urbain de 80 000/100 000 habitants ? L'attractivité du territoire se mesure-t-elle au nombre de places de parking, à la fluidité automobile ? Ne peut-t-on pas inventer un vivre ensemble qui privilégie d'autres axes vertueux de développement ?

Limites et prérogatives du pouvoir communautaire
Le premier échelon de base de cette réflexion est la commune. Trop souvent le citoyen renonce à sa réflexion potentielle en mandatant des élus communautaires qui utilisent les communes comme marchepied vers des instances bien plus dotées. La réflexion sur l'urbanisme devrait être une réflexion plus ouverte avec une ouverture à la participation citoyenne communale. Les décisions les plus importantes sont aujourd'hui prises dans des instances échappant au suffrage universel direct. C'est une situation dont on mesure localement les conséquences qui ne favorise pas l'épanouissement démocratique. Le paysage Lannionais et ses citoyens sont donc durablement soumis à des projets d'aménagement sortis des cartons de quelques élus cumulant des responsabilités, échappant au contrôle direct des citoyens et très suspicieux des critiques. Les décisions "superstructurelles" ne sont plus le reflet des cultures locales mais bien un plan dessiné par des élus coupés des citoyens et peu soumis à contrôle. Certains projets communautaires engagent les finances à des niveaux extrêmement lourds. Le décalage entre la pratique démocratique communale et celle des instances communautaires est criant et devenu insupportable. Il s'agit donc bien d'un point important qui nécessite un rééquilibrage.
La culture peut être considérée comme un axe de réflexion pour penser la politique et l'aménagement. Elle doit échapper à la segmentation des secteurs (social, industriel, agricole, commercial, tourisme, santé, services etc.), elle ne doit pas être cantonnée à la production et la diffusion de spectacles, la construction d'équipements, les divertissements et le patrimoine. Les choix d'urbanisme sont le témoin de l'énergie culturelle d'une communauté.

Culture et équipements :
Comment éviter des visions caricaturales : élitisme  et populisme… ?
Dans une optique consumériste il faut satisfaire les classes moyennes par une offre culturelle adaptée à son niveau de vie (Carré Magique et Festival de Lanvellec) et quelques compléments choisis sur le volet : un festival d'été, une Cie de cirque. Mais que deviennent les pratiques populaires ? la culture urbaine des Immeubles de Lannion, les cultures populaires rurales, les initiatives alternatives, la culture bretonne, l'enseignement musical ? L'accès de tous à la culture ? Peut-on continuer d'agir comme si elles allaient de soi ?
Evidemment le mot populaire est largement galvaudé mais récemment sont apparus des projets visant à construire des équipements pouvant accueillir des spectacles de grande taille. 
Il semble qu'à un nécessaire travail d'accès à la culture pour tous se substitue une volonté de toucher le peuple par une culture reconnaissable et médiatisée, les cultures populaires sont niées au profit de la culture de masse qui a besoin d'infrastructures pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes dans un même lieu. C'est la politique du plus grand dénominateur commun.
On a vu ainsi le découragement des acteurs locaux en matière de jazz, musiques actuelles, musiques du monde, toutes formes artistiques non prises en compte, écartées et pourtant bien présentes dans les pratiques locales. 
L'Incompétence culturelle et besoins d'équipements fantasmatiques :
Ces pratiques sont considérées comme allant de soi et nous constatons que les instances communautaires évitent prudemment de s'en préoccuper en refusant la fameuse « compétence culturelle ». Pourrait-on imaginer un instant le refus de la « compétence ordures ménagères » et la décision de ne collecter que certaines communes ou pire, les gens les plus aisés ? Or ce refus de compétence est bien l'illustration d'une politique qui inscrit la culture comme un luxe et refuse d'agir pour sa démocratisation à l'échelle communautaire.
Aujourd'hui la tentation est grande de vouloir accompagner la culture de masse telle qu'elle est définie par les industries culturelles TV, médias. Or ces projets très coûteux serviront des intérêts économiques qui n'ont pas de retombées locales (Projet de grande salle à Ploulec'h). On peut donc légitimement s'interroger sur leur pertinence. A moins que la démocratie et le sentiment populaire ne soient le résultat d'audits et de sondages ? Ou alors que c'est une affaire entre professionnels de la politique et du béton : Elus/ architectes et entreprises du BTP à qui profiteront le « crime ».
La culture a une influence prépondérante sur l'image produite par la zone ou nous habitons. Des festivals peuvent déterminer et être des leviers symboliques très puissants (L'exemple de Carhaix est particulièrement probant même s'il s'appuie en grande partie sur un modèle de culture de masse). Un autre modèle est celui de Guingamp qui s'appuie sur son équipe de football. Comme il y a eu des modèles agricoles, il y a donc des modèles culturels. Jusqu'ici la politique communautaire de Lannion nous donne l'impression d'une peur de la consultation et de choix d'un modèle "culture de masse" et le rêve de rejoindre Carhaix et Guingamp. Ce modèle viendrait en complément du modèle existant et dédié en grande partie aux classes aisées et abonnés au delà de 45 ans. Cette vision de la culture a pour conséquence de restreindre le champ de la pensée et de marginaliser dramatiquement les plus engagés de nos acteurs culturels.
Les petits lieux facteurs de cohésion sociale et de proximité, les associations, les écoles de musique, la création, sont peu soutenus voir pas du tout. Le renoncement à la compétence culturelle permet d'éviter d'endosser une responsabilité et de perpétuer les inégalités d'accès à la culture entre centre et périphérie, et plus grave de sélection par l'argent. Les élus actuels ont choisi d'acter un équipement fantasmatique à Ploulec'h de plusieurs milliers de places en plus de la nouvelle salle municipale. Les élus communautaires entérinent des choix d'équipement démesurés bien qu'une grande part de la profession tire la sonnette d'alarme.

Nous pouvons constater que la qualité de la vie, le vivre-ensemble, le tissu associatif dense, le lien social et la participation citoyenne constituent cette culture locale qui devrait cimenter nos actions y compris celles qui pèseront sur l'avenir économique de toute la région. En ce qui concerne la région de Lannion et le Trégor tout entier, la réputation de vie culturelle intense, son mélange inédit tradition/modernité, sa qualité de vie et la présence d'ingénierie de haut niveau ont forgé une image très positive. Le caractère inédit de ce patchwork n'a pas encore déterminé une identité nouvelle qui serait la marque du pays. 
N'est-ce pas étonnant pour une des zones les plus riches de Bretagne de tourner le dos à sa propre cohésion sociale ?
Jusqu'ici la politique n'a pas suffisamment pris appui sur ces éléments si riches et déterminants car il n'y a pas eu de réflexion globale depuis des années associant tous les acteurs du Patchwork social et posant la question : Qui sommes-nous et quel avenir voulons-nous ? Je crois qu'il vaut mieux prendre le temps de la consultation, même si ce temps est long et parfois fastidieux. Je ne pense pas non plus que des états généraux de la culture et de l'urbanisme à Lannion LTC coûteraient cher au contribuable et je suis convaincu de l'utilité d'une telle démarche qui a fait ses preuves ailleurs.

Sommes-nous capables en même temps de créer des cohésions communales de proximité et un sentiment d'appartenance à un ensemble urbain de 80 000 habitants ? La réponse est peut-être oui : par la participation citoyenne à la réflexion culturelle et sur l'urbanisme à l'échelon communal relayée à l'échelon communautaire, bien au-delà de la question d'appartenance politique, voilà un axe fort qui peut alimenter une vision commune en alternative à la "gestion"  d'un aménagement purement technique, modèle obsolète qui risque d'accompagner la région de Lannion vers le déclin et le risque de tarissement progressif de sa qualité de vie. 

Aspiration vers le centre et négation du centre :
Or cette réflexion sur l'urbanisme/culture quand elle a lieu est souvent limitée à l'axe Lannion/Perros. Il me semble dommageable à la démocratie et à la réflexion citoyenne que les petites communes participent si peu au débat. Le résultat de cet état de fait a été jusqu'ici des actions d'aménagement particulièrement violentes et radicales prises souvent de façon contradictoires entre Lannion et les communes périphériques non associées à cette réflexion ou "aspirées" malgré elles vers des zones périphériques de Lannion.
Si ce phénomène devait être inévitable, pourquoi ne pas construire de façon délibérée des équipements de vie, de commerces et de services en forme de satellites autour de Lannion ? Est-ce que les citoyens des communes de la région acceptent cette idée de dévitalisation inconsciente au profit d'un centre urbain ? La communauté urbaine a besoin d'un moteur et ce moteur doit bien être Lannion. Or il semblerait que nous nous dirigions vers cela mais sans projet clairement dessiné et assumé, ce qui est désastreux comme on l'a vu sur le plan de l'environnement, mais aussi sur le plan humain. (Zones commerciales aménagées dans des zones qui devraient être réservées à l'agriculture de proximité, commerces drive-in, grandes surfaces vides, excès de parking et de zones bitumées et imperméabilisées, manque de transports en commun etc...). Nous risquons de faire de Lannion un vaste ventre-mou.
En somme nous avons vu depuis plusieurs années le débat kidnappé et parfois des conflits navrants et pathétiques entre LTA et les élus locaux de Lannion et Perros. Cela ne favorise pas le développement global de la région, des petites communes et  de la ville de Lannion qui voit ses commerces du centre-ville fermer. Plus largement cet état de fait est nuisible aux communes qui se trouvent dépossédées de leurs prérogatives. On a même vu certains élus maires et participant aux instances LTA prendre des décisions aux intérêts contradictoires à leur propres intérêts communaux notamment pour le maintien du commerce de proximité. 
Je n'affirme pas ici que l'intérêt communal doit prévaloir mais bien qu'il doit être pris en compte en premier lieu du fait même du caractère du suffrage. Je propose que Trédrez-Locquémeau pose un premier projet de politique participative à l'élaboration d'un projet plus vaste qui ait trait à son appartenance à l'ensemble de (80 000/100 000 habitants ?) de la Région de Lannion vers un projet culturel et d'urbanisme repensé. 

Je soutiens la liste d'Isabelle car je crois qu'elle a montré sa compétence en tant qu'élue de Lannion à l'urbanisme. Je pense qu'elle est la personne la mieux à même de mener une véritable cohérence communale ici à Trédrez-Locquémeau dans cette idée d'appartenance à cet ensemble dont j'ai parlé plus haut.
Gaby KERDONCUFF
Artiste
Trédrez-Locquémeau

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